Évacuation de victimes en montagne : installation d’un collier cervical ou non?

Lorsque survient un accident de ski en montagne, les patrouilleurs utilisent un collier cervical afin d’immobiliser le blessé de façon préventive. Mais ce moyen est-il vraiment efficace?

C’est la question que s’est posée une équipe de chercheurs composée du Dr Guillaume Grenier, résident en orthopédie à la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS), du Dr Marc-Antoine Despatis, chirurgien vasculaire au CIUSSS de l’Estrie – CHUS et directeur médical de la Patrouille Canadienne de Ski, et de Patrick Boissy, professeur-chercheur au Centre de recherche sur le vieillissement (CDRV) du CIUSSS de l’Estrie - CHUS et à la FMSS.

Présentement, l’utilisation d’un tel collier demeure parmi les recommandations officielles en soins préhospitaliers. Toutefois, son utilisation est remise en question alors que de plus en plus d’études soulignent que son efficacité est controversée pouvant même engendrer des complications.

Le mannequin Frank de retour!

Pour tester l’efficacité du collier cervical, l’équipe de recherche a utilisé Frank, un mannequin intelligent qui simule un humain. Il ressemble en tout point à un homme normal de carrure moyenne, il est cependant muni de capteurs de mouvements pouvant transmettre des données à un ordinateur. Grâce à lui, l’équipe tente d’évaluer, en situation réelle, l’impact biomécanique de l’utilisation du collier cervical lors de l’évacuation en montagne d’une victime.

« Le sujet est très intéressant, car il remet en question la surutilisation de moyens d’immobilisation préventifs qui peuvent éventuellement aussi mener à des complications, indique Dr Grenier. »

« En effet, non seulement un collier non nécessaire peut entrainer des complications, mais en plus la pose d’un collier en montagne est beaucoup plus simple à dire qu’à réaliser. Avec le dénivelé, le casque, la tuque, le foulard, l’exposition au froid, etc., il y a beaucoup de facteurs à prendre en compte et ceux-ci rajoutent du temps au sauvetage de la victime », renchérit le Dr Despatis, également professeur à la FMSS.

Amélioration des pratiques ici, mais ailleurs dans le monde aussi

Lors de la simulation, les manœuvres ont été réalisées dans deux contextes différents. Le premier visait à évaluer l'impact du port du collier sur les mouvements de la tête de la victime lors de la phase d’immobilisation et de transfert sur matelas coquille et traineau. Le deuxième a permis d’évaluer l’effet de stabilisation apporté par le collier cervical lors de la descente de la piste de ski de la victime immobilisée dans le traineau.

Selon les résultats obtenus, les patrouilleurs de ski pourraient voir un changement dans leur pratique. « En effet, si l’hypothèse que le collet cervical n’amène pas de bénéfices dans la réduction des mouvements de la tête lors de l’évacuation d’une victime en montagne se confirme, cela pourrait avoir un impact majeur sur la pratique quotidienne des patrouilleurs en suggérant d’envisager la non-utilisation du collier cervical pendant la phase d’immobilisation et d’évacuation de la victime. Cela leur permettrait d’évacuer plus rapidement, et de façon sécuritaire, les victimes chez qui on suspecte une blessure potentielle à la colonne vertébrale », explique Patrick Boissy.

Les résultats de cette étude seront connus au cours des prochains mois.

Source : Université de Sherbrooke

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