Différences individuelles, destin collectif

Nouvelle chercheure au CDRV, Fanie Pelletier vient mettre ses connaissances en biologie évolutive au service d’une meilleure compréhension du vieillissement.

Fanie Pelletier est une spécialiste de la biologie évolutive. Titulaire de la chaire de recherche du Canada en démographie évolutive et conservation, elle étudie les relations entre les variations dans un environnement et leurs effets sur le comportement, l’histoire de vie ou la longévité d’espèces longévives (c.-à-d. qui vivent longtemps). Elle étudie, par exemple, des populations de mouflons d’Amérique dans les Rocheuses canadiennes.

Titulaire d’un doctorat en écologie comportementale et professeure au département de biologie de la Faculté des sciences de l’Université de Sherbrooke, elle a développé un savoir-faire dans l’analyse de données à long terme, portant sur des populations à la fois vastes et ciblées. C’est une des expertises qu’elle vient mettre au service du CDRV au sein de l’axe Gérosciences.

Récemment, elle a publié un article dans Nature communications, où elle démontre que les changements évolutifs chez les membres d’une population humaine peuvent agir rapidement sur la taille de celle-ci. La chercheure a utilisé les données généalogiques recueillies à l’Ile-aux-Coudres pour établir l’effet, en un siècle, d’un changement génétique – le recul de l’âge des mères pour la première naissance - sur le nombre d’habitants de l’île.

L’effet grand-mère

Fanie Pelletier s’intéresse aussi à une particularité de notre espèce : la longévité post-ménopause. Habituellement, il existe dans la nature une corrélation étroite entre la longévité et la capacité de reproduction. Or chez l’humain (comme pour deux espèces de baleines), les femmes vivent bien au-delà de leur capacité à transmettre la vie. Cette période « infertile » aurait peut-être donné un avantage évolutif, ce qu’on appelle l’hypothèse des grands-mères : « Y aurait-il eu une sélection naturelle au profit des familles où les grands-mères pouvaient aider les mères à élever leurs enfants et ainsi assurer de plus grandes familles, donc plus de chances pour l’espèce de se développer? », dit la chercheure.

Petite différence, grand impact ?

À travers ses projets, Fanie Pelletier s’interroge sur l’impact des différences individuelles comme la taille ou la personnalité. Traditionnellement, pour comprendre la dynamique démographique, les chercheurs considèrent de grands ensembles comme les groupes d’âge ou de sexe présents. « Mais les différences individuelles peuvent aussi influencer la croissance d’une population : est-il possible de quantifier et de mesurer l’impact de ces particularismes? » se demande la chercheure, qui accompagne une dizaine d’étudiants dans leur parcours académique. Dans une époque de grands changements de société et de comportements, ces questions ne sont pas anodines.


Plus de sujets